J'ai reçu, de la part de l'association des Créateurs d'Emplois et de Richesse de France, alias CERF, un courrier contenant le paragraphe suivant :
Dans ce cadre, et sans
vocation politique, mais, sur la base des programmes et des réponses des candidats, les Créateurs, par leur connaissance unique des Très Petites Entreprises sont amenés à
prendre position. Ils en appellent donc aux votes des patrons et de leur conjoint, mais aussi et surtout des salariés, en rappelant que les revenus de près de 25
millions de Françaises et Français sont directement liés aux Très Petites Entreprises et à leur
situation.
Les Créateurs ont
décidé d'apporter leur soutien à N... S...
[*]
et demandent à ceux qui vivent
de la petite entreprise de lui donner leur voix
J'ai cru avoir mal lu. Quoi, il serait demandé aux adhérents à une association de patrons de TPE, non seulement de voter pour Monsieur Triplemoi, mais "par dessus le marché" d'y inciter leur
conjoint(e) et leurs salariés. Aucun doute sur le message, le même courrier recommande d'afficher cet appel dans l'entreprise, ce qui me semble un peu douteux en matière de respect du droit du
travail.
Ces recommandations ne peuvent qu'exaspérer plus encore les salariés des TPE. Pour moi, elles me mettent
calmement en colère. Les travailleurs ont déjà tendance à
extrapoler les stupéfiants abus de quelques uns pour associer spontanément le qualificatif voyou au substantif patron. Veut-on que de plus ils dénoncent preuves à l'appui la prise de contrôle des
petits patrons sur la conscience politique de leurs employés, les salariés comme les trop souvent non-salariés que sont les conjointes travaillant sans protection sociale ?
J'ai donc cru utile de perdre une vingtaine de minutes à répondre.
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Merci pour votre courrier bien reçu.
Ayant été créateur en 1992 d'une TPE, dont je fus gérant jusqu'à ma retraite, je suis très sensible à la notion de précarité active, d'autant plus que cette micro-entreprise (5 salariés)
travaillait dans le domaine du service "intellectuel" aux entreprises et aux services de l'état.
Mon analyse de la situation des TPE rejoindrait à peu près la vôtre, et je serais plutôt d'accord sur l'essentiel de votre plate-forme de propositions concrètes.
En revanche, en soutenant la candidature d'un homme politique dont les attaches avec les grandes entreprises et le multinationales sont fortes, ont donné les résultats que l'on sait, et dont
les promesses en faveur des TPE sont à la fois circonstancielles et électorales, je pense que vous sortez de votre rôle. Je sais lire un programme et surtout me faire moi-même une idée de la
confiance que je peux accorder à telle ou tel personnage politique. Je fais aux adhérents du CERF le crédit d'intention qu'il en est de même pour eux.
-D'une part, l'incitation que vous faites d'influencer le vote du conjoint et des salariés est à mon avis déplacée. Elle pourrait être interprétée comme un abus de position dominante, donc
alourdir le reproche trop souvent fait aux patrons de penser pour leurs collaborateurs. De plus, elle contredit mon sens de l'éthique citoyenne. Autant je trouve légitime l'expression d'un
choix politique dans le cadre d'un engagement militant dans une organisation elle-même politique, autant je trouve immoral le déni de liberté, la contrainte morale vis à vis de personnes sous
influence affective ou économique.
-D'autre part ce n'est pas parce qu'un candidat vous fait faire par un de ses conseillers un courrier reformulant vos attentes, et que l'autre se borne à rappeler devant vingt millions
d'auditeurs qu'en matière économique sa priorité sera le soutien concret à l'activité des PME innovantes, qu'il y a réponse insuffisante de celle-ci et réponse documentée de celui-là. Je me
permets de trouver la logique du raisonnement plutôt légère.
Je ne vais donc pas relayer votre appel.
Bien cordialement.
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En relisant mon courriel, bien courtois et tout, je me demande si je n'ai pas abusé de quelque drogue anesthésiante. Je n'ai pas su trouver les mots pour exprimer ma répulsion pour ce genre de
comportement.
Par ailleurs, je me suis fais avoir : j'ai donné une modeste publicité à un texte dont je combat le contenu.
Dans le même genre, en pire, une source digne de confiance m'a transmis la copie d'un ticket de restaurant émis à Neuilly-sur-Seine et adorné de ces joyeux aphorismes - reprenant la délicate
coutume des restaurants Syldaves si bien décrite dans le Sceptre d'Ottokar - dont l'humour égale l'intelligence :
Mieux vaut être saoul que c.., ça dure moins longtemps !
Ne faites pas comme tous les c...., ne votez pas pour Ségolène.
Qui a dit que nous vivions la meilleure campagne depuis longtemps ?
[*]
Notre Seigneur
?
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