Le premier roman de
Tarunjeet Tepjal, alias
Tarun J. Tepjal, mérite lecture.
Ce livre est très maladroitement présenté par Le Livre de Poche, en IIII° de couverture comme simili-érotique (
intense passion très sensuelle, très charnelle...journal intime et
impudique...) alors qu'il s'agit en fait, et à la fois :
-d'une transposition dans une culture mixte, mosaïque, de quatre catégories structurantes typiquement hindouistes que sont
préma (l'amour pur),
karma (l'amour incarné, cité deux fois, une fois comme amour, une fois comme action),
artha (motivation pour la prospérité),et
satya(traduit par vérité, mais qui exprime plutôt la recherche de la pureté, le dépouillement des scories);
-d'une réflexion sur la condition, la vocation, les pratiques de l'écrivain, l'insuffisance des rites face au manque de ressource intérieure, par une forme de mise en abyme exposant la genèse,
l'avortement et la mise au cercueil d'
idées de livre ;
-d'un travail de miroirs entre l'impuissance physique et mentale, d'une part, et d'autre part d'un jeu de substitution entre l'impact définitif d'écrits quasi anonymes et impubliés sur la vie
d'une homme qui s'était fixé pour but d'écrire des textes signés et diffusés qui en auraient un sur celle d'autrui, et échoue progressivement dans son entreprise, jusqu'à ce qu'il la reconsidère
de fond en comble.
D'où le dernier effet de symétrie entre l'incipit et la phrase de conclusion (ça porte probablement aussi un nom spécifique mais je l'ai oublié...clausule ?).
Le titre anglais, réunissant deux mots forts,
l'alchimie du désir, a été à tort abandonné au profit d'un intitulé de type guide touristique :
Loin de Chandigarh.
C'est l'éditeur Buchet-Chastel qui a pris le risque de financer la traduction d
'Annick Le Goyat, qui a elle adapté, entre autres,
Anthony Horowitz aux
attentes du lecteur francophone.
En ont déjà parlé
André Clavel,
Anne-Sophie Demonchy et bien d'autres...
quel plaisir de trouver ta chronique d'un livre lu-devore il y a quelque temps ! Tu me donnes une excuse (en fallait-il une ?) pour la relecture puisque je decouvre l'aspect "transposition des 4 categories structurantes". Mettons ca sur le compte de mon desastreux manque de culture hindouiste.
Je suis en tout point d'accord avec les 2 autres points et me rappelle que l'observation de la fabrique de l'information etait aussi un des themes que j'avais trouve fort bien traite dans cet ouvrage. Comment s'empecher de mettre sa description et le traitement continu de notre actualite en parrallele ?
Bises,
thomas
Quant aux commentaires de jurés, s'il y a de temps à autre des analyses dignes d'intérêt, ils sont en majeure partie d'une désolante banalité. Cela va de le livre qu'il faut à tout prix avoir lu à je l'ai dévoré de la première à la dernière page en passant par un roman qui mérite d'être distingué...
Ma culture hindouiste est un reste de mes lectures réchauffé à la lueur de WikiPédia, l'encyclopédie folle dont je suis un des menus rouages...En fait, ce qui m'a intéressé dans ce livre, c'est bien plus l'étude des ressorts de la création littéraires, et des maladies du comportement scripturaire, que la réflexion vaguement tantrique qui pimente, à l'indienne, le plat principal.
Avec toute mon affection.
AA