L'énoncé de la profession
consultant dans un papier posté sur un forum, un groupe de discussion, voire en commentaire sur un blogue, attire souvent des réactions de
méfiance, parfois exprimées de manière radicale et vigoureuse.
Oui, il faut se méfier des consultants...Comme chez les psy, les plombiers et les philosophes, par exemple, il est possible de rencontrer dans cette vaste et indifférenciée corporation des
fumistes, des paresseux, des malades mentaux, des escrocs, des gens paumés en recherche de reconnaissance, etc.
Comme nous l'avons appris à l'école de la
Sémantique Générale, méfions-nous des étiquetages. Si Dupin dit exercer le métier de consultant, et si
nous avons fréquenté un Dupla-consultant fumiste et un Durax-consultant escroq, nous n'avons pas assez d'éléments pour conclure de Dupin qu'il est un fumiste doublé d'un escroq...
Il y a aussi des consultants bosseurs, responsables, attentifs, créatifs, patients...
Tout intervenant de la blogosphère est, peu ou prou, consultant. Il participe de fait de ce grand et vaste corps de ceux qui analysent, réfléchissent, conseillent. D'autant plus qu'un forum n'est
pas un lieu d'exercice de l'autorité, mais peut être un endroit ou échanger méthodes et réflexions.
Il est intéressant de remarquer que si Dumar publie une contribution de quarante lignes sur un des aspect du travail d'échange en cours sur un fil de forum, ou engendré par un post sur un blogue,
alors :
-si Dujoy la trouve intéressante, il le dira, peut-être, et en deux lignes,
-et si Dupas y voit quelque objection possible, que ce soit sur une implication anticipée ou sur le choix d'un mot ou d'une référence, il va investir à coup sûr dans quarante lignes de
réfutation, un peu comme s'il s'agissait de droit de réponse. Et de réfutation en contr'argumentation, de contr'argumentation en opposition, comme le media écrit régule mal les débats, la
chicaille s'installe.
Le cas du blog
ouktiasma.over-blog.com est un bon exemple. Des citoyens de religion islamique se disent intéressés par l'approche du MoDem et s'y
engagent. Ils diffusent leur message, avec leurs catégories mentales et leur vocabulaire à eux. Ils vont jusqu'à faire des rappels d'histoire de France pour se positionner dans une perspective
d'intégration culturelle. Voilà donc des alliés pour les mordus-modem. .
J'ai été sensible à leur démarche, car comme conseiller de quartier résidant dans une zone islamisée de Boulogne-Billancourt, j'ai eu à me préoccuper des conditions d'exercice de ce culte, de la
sécurité des locaux de l'association culturelle musulmane, bref, à contribuer à faciliter une entreprise d'intégration dans le respect des croyances individuelles.
Quelles réponses recueillent-ils sur le fil d'un forum politique lié au MoDem, fil ouvert en cette circonstance : eh bien tout bonnement, après quelques commentaires plutôt objectifs, une longue
leçon magistrale, probablement bien intentionnée certes, mais dépourvue de nuances, de laïcité combattante, éclairée de considérations subtiles et constructives du genre
la foi
m'indiffère,
les croyances sont hors sujet,
l'Islam c'est désuet... (Je ne cite pas texto, je retraduis en français courtois les idées (?) maîtresses de
l'argumentaire).
Bref, nous insistons sur ce qui ne va pas dans leur démarche. Pourquoi ne pas les aider à construire leur propre conception de la laïcité, ce qui est pour moi, visiblement, le chemin à l'orée
duquel ils hésitent encore ? Pourquoi ne pas leur faire un plus large
crédit d'intention ?
Dès les années 1990, sur les forums par minitel, nous déplorions que trois ou quatre participants imposent leur style aux échanges, aient un avis sur tout, et se comportent comme s'ils n'avaient
rien d'autre à faire dans la vie que de manipuler leur clavier.
Aujourd'hui, sur AgoraVox par exemple, il a fallu débattre de longues semaines pour trouver quelques moyens pratiques pour concilier la liberté d'expression et le droit de n'être pas, dès la
moindre proposition ou remarque, moqué, tourné en dérision, contrebattu, interprété à contre-sens....
Facilitateur de réunions, il m'est arrivé de demander à deux membres d'un comité de direction de transformer leur prise de tête en exercice genre jeu de rôle à enregistrer et analyser en différé.
L'analogie s'arrête là : sur un forum, nous ne sommes pas en comité de direction, ni même un groupe de travail avec sa dynamique complète, ce qui complique la modération, voire la rend
impossible.
Reste l'autodiscipline qu'esquisse la
nétiquette. Je la crains maintenant vaguement insuffisante, mais tiens toujours à
la
faire connaître.
La consultation du profil permet parfois de mieux situer l'autre, d'avoir des éléments de contexte permettant de mieux décoder ses écrits. Mais assez rares sont de fait celles et ceux qui ont
trouvé le temps de confier de telles informations au système. Le
pseudonymat, que les forums encouragent, demeure un refuge dont les
motivations d'emploi méritent investigations et analyses.
Il faut donc être un peu obstiné pour continuer de fréquenter les forums d'opinion. Il y a tout de même beaucoup plus de frittage que raisonable. Cette friture engendre un bruit de fond qui
fatigue...
Crédits :
Masque de nō de type ōbeshimi . Japon, Époque d’Edo (1603-1867). Cyprès polychrome et incrustation de métal
doré. Muséum, Lyon.
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