Mercredi 25 janvier 2006
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(C)PE : Première Embauche ou Permis d'Éliminer ?

Une
période d'essai de trois mois est parfois vécue comme un peu longue pour les deux parties. Alors que penser d'une période d'essai de deux ans...La période d'essai est-elle désormais vidée de sa substance ?
La proposition faite par notre gouvernement (?) actuel de créer un nouveau contrat de travail instaurant une période d’essai de deux ans dérogatoire du droit commun semble, curieusement, ne pas trop choquer dans sa
forme.
Elle est combattue sur le
fond par les étudiants, les syndicats ouvriers, de nombreuses associations, les partis politiques non sarkozistes, et d'autres groupes encore, sans compter la multitude des personnes privées qui s'indignent de cette permission de tuer l'emploi. Leur attitude est logique. Leurs arguments sont rationnels. Leur refus est l'expression d'une solidarité fraternelle avec les jeunes travailleurs, qu'ils soient employés ou cadres.
Or si je me place, en la circonstance, dans la peau d'un cadre dirigeant, chef de service ou équivalent, je me sens blessé, meurtri, méprisé.
Dans ma vie professionnelle, j'ai eu souvent la responsabilité de recruter. Et je sais ce qu'est au quotidien la réalité d'une période d'essai. C'est un moment privilégié, dans la relation avec le nouveau collaborateur, où l'on fait tout pour l'écouter, le former, l'aider à s'intégrer tout en acceptant son originalité, pour réussir son embauche, car on en sait et le coût et la nécessité, et qu'elle est donc investissement.
Trois mois pour décider si l'idée de faire un plus ou moins long bout de chemin ensemble est viable, c'est déjà beaucoup de temps de réflexion. Souvent les contrats "sur mesure" prévoyaient une progressivité raisonnable de cette période d'apprivoisement mutuel. Rarissimes étaient les renouvellements, qui impliquaient contractuellement l'accord formel du collaborateur.
Notre gouvernement, dans sa grande ignorance de la réalité des liens affectifs et sociaux qui s'établissent entre un patron et son nouveau collaborateur, pense qu'une période d'essai peut durer deux ans...
C'est faire injure aux capacités ordinaires des cadres ordinaires, qui n'ont pas besoin d'autant de temps pour valider une décision d'embauche. J'espère que les syndicats de cadres ne vont pas hésiter à stigmatiser ce jugement négatif porté sans nuances sur la capacité de celles et ceux qu'ils représentent à tenir avec succès une des responsabilité majeures de leur propre poste.
J'attends avec intérêt qu'un,
un seul, des députés qui voteront cette disposition
prouve l'utilité d'une période d'essai de deux ans.
Je veux bien que le législateur tente d'imposer, contre toute logique de la motivation et de l'engagement, de l'honneur allais-je dire ( que
Philippe d'Iribarne me pardonne ce détournement de titre) , le droit de mettre fin à un contrat de travail,
endéans les deux ans, sans avoir de justification à apporter. Mais qu'il habille ce droit de tuer l'emploi en usant d'un vocabulaire tel que «durée de la période d'essai» relève à mon avis d'un autre abus : l'abus de
terminologie.
Merci pour avoir soumis un article sur AgoraVox.
Le comité de rédaction vient de l'approuver et il est donc publié en ligne à l'adresse suivante : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=6399
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Au plaisir de vous relire prochainement.
Je remercie les lecteurs qui, par leurs questions et échanges, même si parfois ils n'ont pas mâché leurs mots, m'ont renvoyé une image de mon billet d'humeur qui en élargit bien les contours.
Pour reformuler les questions qui sous-tendent les réflexions des contributeurs, je retiends :
-pourquoi ne pas essayer cette formule, au lieu de dénoncer au nom d'a-priori idéologiques ou conceptuels ?
-faut-il que l'état intervienne à ce point dans le détail de la relation employeur/salarié ?
-le réel n'est-il pas pire encore que l'idée que nous nous faisons de cette disposition une fois mise en oeuvre ?
Je note au passage la remarque d'un visiteur Californien qui relève notre prédisposition à habiller de sigles abscons nos créations culturelles ou législatives et nous enjoint de penser aux lecteurs qui ne baignent pas dans ces eaux à temps plein. Son apport comparatif sur des pratiques différentes, que je résume un peu sommairement en faire d'abord, négocier ensuite a aussi de quoi faire réfléchir.
Pour baliser le contexte dans lequel je me suis laissé aller à pleurer sur le non-sens d'une période d'essai de deux ans, et m'interroger ainsi sur la pertinence du CPE, je précise que :
-à plusieurs reprises, j'ai expérimenté la coopération avec des institutions syndicales : une union locale CFDT de banlieue quand j'étais secrétaire d'une section PSU, la CFE-CGC à laquelle j'ai adhéré pendant plusieurs années étant membre du comité de direction d'une entreprise de transport, et pendant mes études supérieures l'UGE où j'avais fait inscrire l'association des élèves que je présidais ;
-de 1966 à 1992, il a été dans mes responsabilités de recruter des cadres à profil rare, d'abord ingénieurs, puis de toutes formations, dans des entreprises où une erreur pouvait coûter cher, et où la période d'essai n'était donc pas une formalité ;
-il m'a été donné (enfin, j'ai obtenu...) de partager certaines préoccupations de syndicats patronaux, par exemple le mouvement Éthic, ou encore le CNPF à travers ses clubs Progrès du Management ;
-j'ai connu personnellement deux périodes de précarité professionnelle : d'abord quelques mois de chômage après avoir été démissioné, au motif de mes activités politiques locales, d'un poste au sein d'une filiale d'une entreprise nationale, puis une année comme consultant vacataire rémunéré à la journée, dans l'antichambre d'un cabinet international qui finit par me titulariser et me coopter comme associé ;
-et enfin l'activité de la petite entreprise dont je fus créateur et gérant eut à absorber entre autres chocs les conséquences de la décision prise de dénoncer sans préavis tous contrats de consultance par le patron d'une Société Nationale, patron venu d'ailleurs et dont le passage fût éphémère, puis celle annoncée un beau matin d'automne par mes interlocuteurs au sein d'un conglomérat de la métallurgie de réduire unilatéralement de 10% le montant des prestations pour ...réduire les coûts.
27 01 06
Un cadre dirigeant qui vire parfois gauchiste grave
PHE
Un cadre dirigeant qui vire parfois gauchiste grave
PHE
Individualitude
S'il fallait résumer l'époque en un mot.
Comme la négritude, même construction de néologisme.
La volonté d'exister comme individu et non comme membre d'un mass market.
D'exister immédiatement dans les media ( = parmi ses amis, = dans son entreprise).
Les luttes sociales, "rassemblons-nous", "formons des bancs de sardines compacts pour dérouter les gros poissons" ne sont plus l'actualité.
Alors, tout naturellement, dans la brèche béante, il en va de même pour le contrat de travail. Il ne répond presque plus aux conventions collectives, il s'individualise autant qu'il peut. La performance individuelle ou la porte. La rentabilité démontrée du poste dans l'entreprise ou la porte. Du jour au lendemain.
Epoque, car tout mouvement de balancier dans un sens sera compensé à retardement par une lente réaction d'égale violence dans l'autre sens.
Misons donc sur des comportements de groupes dans une demi-génération humaine. Mini-révolutions à gauche ? Emergeance d'Eglises alternatives et cultes en tous genres ?
Et-ce la compétition ou la coopération qui semble être la base "reptilienne" de la survie des espèces ?
Un peu des deux, un coup de compétition, un coup de coopération... Vive le football.
Espièglement
* 25 ans après les radios libres qui, de lieux d'expression en tous genres, sont devenues "radio locales privées" en 5 ans, cad des robinets à tubes + pub, ou des organes de presse contrôlés par les institutionnels et industriels. Ah si, quelques groupes de pression (culturels ?) ont obtenu les rares fréquences disponibles, mais pas de quoi mailler un réseau national...