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Comme c’est à la mode en ce moment, parlons-en, de la poésie féminine ! Le problème est que celle-ci manque de tranquillité. Alors, comme ce sont surtout eux, les discours empesés
d’égalitarisme pieux et de lâcheté inimitable qui détonnent dans le paysage actuel, on sera d’autant plus tenté de passer sous silence les quelques textes composant Ombromanie , pour ne pas déranger le sommeil des injustes.
Eh bien moi, je n’ai pas envie d’obéir à cette injonction facile, même si ma chronique, je le sais, se perdra à coup sûr dans le néant des écritures underground. Cathy Garcia, par ailleurs créatrice de la revue Nouveaux délits réussit, tout au long de ces dix sept poèmes en vers libres, à faire parler la vraie révolte, celle qui hélas, faute de pouvoir s’exprimer avec suffisamment de force pour être entendue, faute d’avoir pu identifier clairement le cœur de sa cible, se retourne contre elle-même : « appelez-moi donc stupide », « pathétique est mon nom ». Les titres des textes composant Ombromanie sont déjà tout un poème, qu’ils soient caractérisés par la présence de néologismes, de jeux de mots : Nasarde , Aéropère , Gallimafrée, Pan urge ! , par des énoncés lapidaires Je n’irai même pas cracher sur vos tombes, La collection automne-hiver sera terrible », ou encore par des titres d’albums du genre techno metal : Last call / Before K-O , Last rung / Burn the ladders . La description des violences, réelles ou imaginées, est continuelle dans cette apocalypse, comme s’il fallait conjurer le silence, bien plus effroyable, par de la folle agressivité qui s’exprime à travers une série d’images sans cesse renouvelées : crever les temples ennemis / sortir leurs viscères / la bile le sang / produire toujours plus / de matière fécale / pour les étouffer . Les instruments de torture pleuvent de partout : seringues, serre-gorge, flèches, coups de poings, de couteaux, de ciseaux, poison, etc. C’est que, plus le temps passe, plus, en revanche, les armes de résistance paraissent élimées, face au raffinement de l’automutilation planétaire. Ainsi, l’âge des désillusions arrive tout naturellement : et moi la ravie du ravi / je broute / au petit malheur / je cueille glane / plume effeuille / dans les champs utopiques / du sursis volé / à ceux qui croient / maîtriser. A la fin du recueil, l’ennemi, ce besoin compulsif de faire d’avoir toujours plus toujours mieux , se montre en plein jour, même s’il demeure intouchable, car bien sûr, les pouvoirs en place et le monde du travail inculquent avec sadisme aux esprits fantasme de la réussite matérielle et culte de la performance auxquels ne peut s’opposer qu’une soif de justice, bien oubliée aujourd’hui. Face à ce constat implacable, certains pisse-froid de service, qui n’aiment pas à être pris en flagrant délit d’absence de raison, ne manqueront pas de qualifier la poésie de Cathy Garcia d’exagérément noire, comme tend à le suggérer le titre du recueil. Tout d’abord, je répondrai à ceux là que ces poèmes exagèrent surtout la vie, à travers leurs vers souvent courts, vite découpés, leurs fréquents passages en énumérations exclamatives : chimique / métabolique / lunaison / feu ! . Enfin je leur ferai remarquer, à ces (trop) sages, qu’il n’y a pas dans ces mots là de manque de cœur. Voilà pourquoi la femme finit par devenir chienne, animal / est le cœur / seule la raison / est froide , tout simplement pour transformer son impuissance à changer les choses en débordement d’énergie pure. Après de telles preuves d’amour, pourquoi irait-on lui jeter la pierre de l’indifférence ?
Patrice Maltaverne
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Ni ponctuation ni majuscules. Quelques ! et ? – de loin en loin. Aéropère : je fais mien ce signe particulier ! Texte que C. G. aurait pu dédier à ceux qui croient / maîtriser, c’est sûr ! Joli pléonasme, aussi, que ses berniques endoctrinées ! Avec Garcia, l’absence de ponctuation a du sens, en rajoute même, comme chez bien peu de poètes/ses qui tirent… à la ligne, sinon : à con-séquence ! J’ai tout bu ou Apoplexie coupent le sifflet : nos geôles portables sont de plus en plus exiguës - et le tourisme de masse amplifie le phénomène : mon imagination… conjugue l’homme à l’imparfait est forte trouvaille – que vaille ! Suis tenté de dépoussiérer la question de Hölderlin : Wozu Dichter… À quoi bon des po-Êt(r)es dans un monde de l’Avoir, de laveurs de cerveaux ? Bons à rien, les po-potes, dans la tambouille mondialisée : pouvez touillez ! Voire… Cathy n’est pas de ces niais rési-gnés ; elle fait honneur à l’intelligence, mieux : est intelligible, loin des officines expéri-mentales où tant se fourvoyèrent. Sa révolte – tant pis pour ceux que le mot défrise – est fondée, imparable. Cela nous change des salmigondis de vers plus ou moins blancs… D’ailleurs, si l’art-rêve-volte-face n’existait pas, Garcia l’aurait inventé(e) ! Elle qui joue si bien de tous les registres ; ne joue jamais. Se tient debout, de plain-pied dans l’im-Monde. Ombromanie est l’un des livres les plus libres (réapproprions-nous ce mot, trop longtemps abandonné aux « libéraux » !), les plus utiles qu’il m’ait été donné de lire ces 20 dernières années. Après cela, comment recenser encore telles minauderies post-mallarméennes ? Les critiques ne devraient œuvrer qu’à donner envie d’acheter de tels recueils. Tous ceux qui n’ont rien à dire, blanc sur blanc, ne méritent pas que l’on s’y attarde.
Colin, le préfacier (im-) pertinent, compare la jeune maman à une parturiente ; sage-femme conviendrait tout autant. Le noir, qu’elle semble affectionner, était la couleur fétiche de Gainsbourg : faut-il se fier aux appâts rances ? Il est vrai que Serre gorge (Sert-Je !), poème d’ouverture, en fait office – porte bien son titre : chez Garcia, tout titre est déjà poème ! Subissant un nouveau cycle de sable, Cathy aimerait retourner sur (ses) pas : vieux rêve commun à l’humanité tout entière ! Or, n’écrit-on pas pour se consoler de cette impossibilité, la battre en brèche par les mots, fils d’Ariane, ponts aux singes remmaillant le fil du temps ? Le tu universel de C. G. n’est pas figure de style qui m’a (en)g(l)obé ! Que le désir décervelle appelle autre question : n’est-ce pas tant mieux ? Sinon, nous ne serions que frustration aigre…
Savoir lâcher ce que l’on ne tiendra jamais, la formule fait mouche ; c’est comme se dé-prendre ! Nasarde sonne juste, de bout en bout : rien à ajouter (ni grain ni sel), rien à retrancher dans ce vif. Cathy renoue, de-ci, de-là, avec ses premières amours (Les années chiennes, 1989-97), mais sans appuyer : rimes, allitérations, toute une musique syncopée entraîne l’anima ‘lecteur dans un tourbillon qui vaut le dé-tour ! Ainsi de Co-agitation : la pensée malgré ses airs / de chattemite / reste une marchande d’orviétan / coupé de chagrin est une pensée poétique sortie de son imagination fulgurante pour mieux nous couper… le souffle ! En sa folle jeunesse, le temps impossible de la ragougnasse, était-ce là seule façon d’être bue, calice – jusque hallali ? Garcia persiste dans Autodafé : les reflets sont… l’écho du silence qui m’a précédée, pardonnez si je condense, car faut qu’on danse / sue… la musique de ce silence las !
Après la Galimafrée, le Cirque sans tain : panem et circensis – l’Antique recette pour lier la sauce tyrannique : bien vue/bien décrite ! Ne pouvant citer les 17 (plutôt longs, sauf 1) poèmes in extenso, humez cet ultime avant-goût : folle dira-t-on mais que m’importe le dit – et elle fait bien ! Jean-Marc Couvé
je me suis aperçue que je ne t'avais plus dans mes contacts car j'avais une vieille adresse, donc bon nombre de mes courriers n'ont pas dû te parvenir.
As-tu reçu celui à propos de Salines ? c'est le recueil que j'ai auto édité en octobre. je te le renvoie dans un autre message au cas où. C'est l'autre face d'Ombromanie, les textes sont dela même époque (2005 pour la plupart).
Un nouveau recueil avec photos pour bientôt, ça s'appelle Chroniques du hamac...
bien amicalement
Cathy