Mardi 4 avril 2006
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Un des aspects intéressants de la
théorie des complots est peut-être qu'il s'agit, de la part de spectateurs pratiquement impuisants d'une histoire dont ils ne connaissent, au premier degré, que quelques manifestations choisies par le hasard de la proximité ou les intérêts des informateurs, d'une tentative pour mettre de l'ordre dans le désordre :
ordo ab chao.
Certes, elle privilégie
l'explication par le simple, voire le simpliste, sur la prise en compte de la complexité chaotique d'une réalité foisonnante. Mais
Guillaume d'Occam, apôtre militant de la réduction du nombre des universaux :
Non est ponenda pluralitas sine necessitate, n'a point été entièrement réfuté...
au contraire...
Lire aussi, dans la collection Denoël - Présence du futur n° 38, 1957 pour l'original Occam's razor, de David Duncan, et 1960 pour la version française le rasoir d'occam, traduit par Jean-Michel Deramat.
Nous aimons, j'aime bien comprendre la raison profonde des événements qui me sont relatés, et/ou dont le suis un témoin plus ou moins impliqué.
Ayant pas mal travaillé, comme ingénieur, sur des expertises après accident, dans les domaines très médiatisés que sont les transports ferroviaires et routiers, sur un organe de sécurité qui est le système de freinage, j'ai été sensibilisé au fait qu'en dessous (ou au dessus) des causes physiques la recherche des responsabilités humaines, individuelles et collectives, venait colorer et orienter, souvent à tort, le travail d'analyse. Autrement dit, le comment et le pourquoi ont à être démêlés avec vigilance.
Il y a cinquante ans,étudiant, j'avais l'intuition qu'il convenait d'apprendre à lire les messages de la nature, certes, mais aussi ceux que conçoit et émet l'homme qui communique. Époque des ciné-clubs. Nous tentions d'apprendre, collectivement, à décoder l'apparence des images cinématographiques, et poussions l'expérimentation jusqu'à concevoir et tourner (merci, les 16 mm) des films pour vérifier et valider notre apprentissage du décryptement.
Aujourd'hui, un support comme les logiciels sous-jacents à nos blogues, un média comme
AgoraVox, nous permettent de poursuivre cette perspective auto-éducative, en usant de technologies moins lourdes et plus faciles d'emploi.
Pour nous entrainer au discernement, il nous faut une matière première réaliste, et aussi l'incitation de ceux qui ont une pratique minimale de l'analyse de contenu, de la recherche de données, de l'évaluation des sources.
C'est pourquoi je reste convaincu, dans l'état actuel de nos débats, que la mise en ligne sur AgoraVox du
montage audio-visuel qui en ce moment suscite une très large discussion répond bien à la raison d'être d'un tel média.
Ce n'est pas parce que c'est écrit dans le journal que c'est vrai. Ni faux, non plus. Simplement quelqu'un le dit et il appartient à chacun de s'en faire son idée.
Ce n'est donc pas parce que c'est écrit dans ce blogue que...
Au dela de la sagesse des conclusions, de la force des arguments, de la beauté des démonstrations, se place la nécessité du discernement.
Et c'est l'élaboration individuelle et collective de cette idée qui nous aidera à réaliser ce que je comprends comme étant la raison d'être du journaliste, tout autant que celle du poète ou du savant : non pas convaincre, mais faire réfléchir.
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