Il serait bien entendu regrettable que dans des circonstances où l'idée de peuple français a ou aurait un sens, les signes symboliques attachés à la notion de francéité soient l'objet de
manifestations iconoclastes, voire hostiles.
Ceci étant clairement affirmé pour éviter que les points de vue qui suivent soient interprétés comme une insulte à ma nationalité, que j'assume avec toute son histoire, la meilleure comme la
pire, quelques remarques interrogatives me viennent à l'esprit.
Je les formule ici de la manière la plus mesurée possible.
Le chant connu sous le nom
La Marseillaise, hymne national depuis 1795, avec quelques éclipses dues à des alternances de régime politique, était
au programme du certificat d'études primaires lorsque je l'ai obtenu en 1953, d'ailleurs en compagnie du
Chant des partisans.
Ecoutons-en musique et paroles. Si la musique n'atteint pas la perfection de celle du 4° mouvement de la VIIII° symphonie de
Beethoven, elle demeure à mes oreilles tout à fait digne
d'un orchestre symphonique mozartien. En revanche, les paroles sont poétiquement plutôt ringardes et sémantiquement interprétables comme un appel au meurtre par vengeance. Une analyse de
contenu objective ne peut en évacuer le vocabulaire guerrier et même vaguement machiste. En fait, ce texte est un chant de guerre qui date d'une époque sanglante et où la Croix Rouge n'existait
pas, et tend à en perpétuer l'idéologie.
Pourquoi ne pas dissocier musique et paroles ? D'autant, que pour continuer la comparaison avec l'hymne Européen, le poème de
Schiller est d'une toute autre trempe. Autrement dit, le
texte ne mérite guère de défense – si j'ose écrire – et je peux comprendre que certains déclarent le percevoir comme une apologie de la haine xénophobe.
Plusieurs pistes : ne conserver que la musique, imaginer d'autres paroles...
Les circonstances dans lesquelles l'hymne national est interprété, en ouverture ou conclusion d'un événement ou d'une cérémonie sont multiples. Et certaines sont particulièrement en phase
avec ce qu'il symbolise.
Mais pourquoi diable vouloir le jouer sur les stades, surtout lors de confrontations sportives professionnelles ?
D'une part, ces manifestations incarnent certains aspects très contestables de nos pratiques actuelles. Le sport professionnel est un des domaines de prédilection des combines financières. Il vit
de l'exploitation esclavagiste de la force physique et de l'intelligence instinctive. Il veaudorise l'argent facilement gagné par une minorité dont les salaires sont aussi indécents, voire
plus encore en termes d'utilité sociale, que celle des certains cadres dirigeants de l'industrie et du commerce.
D'autre part, en quoi ces équipes incarnent-elles la nation, sinon par le sacrement d'une feuille de match ? La majorité de leurs membres pratiquent leur sport dans un cadre multinational, ce qui
est leur droit le plus strict, et semblent bien mal à l'aise devant la nécessité de coopérer occasionellement avec des joueurs qu'ils ont l'habitude d'avoir comme adversaire dans leur vie
professionnelle courante. Une des difficultés techniques du management de ces conglomérats vient peut être de cette particularité de recrutement en CDD, voire en intérim, que n'accepterait aucun
entrepreneur.
Au lieu de s'offusquer (de ce) que
La Marseillaise puisse être sifflée dans l'enceinte des stades, et de forger un arsenal répressif disproportionné
avec les comportements de supporteurs qui, à l'image de certains des joueurs qu'ils acclament ou conspuent, ont souvent soit un petit pois dans la tête soit trop de bière dans l'estomac, soit les
deux, pourquoi ne pas supprimer purement et simplement cette exhibition ?
Elle n'est en rien constitutionnelle. Elle est complètement décalée, en termes de valeurs, par rapport aux enjeux du fouteballe. De plus, l'orchestre ou la sono se la jouent en solitaire, les
hommes sur la pelouse ménageant leur souffle pour l'effort qui va suivre.
Crédits : merci à
Isidore Pils pour ce
Rouget de Lisle chantant “la Marseillaise”
[1848], souvenir d'un livre d'histoire de France de mes études primaires.
Au moins les Français connaissent leur hymne national et s'insurgent quand on le conspue !
En Belgique, le premer ministre Leterme confond Brabançonne ( hymne national belge ) et Marseillaise ! ! !
Pauvre pays sommes -nous...
Ne parvenant pas à valider mon commentaire (je ne sais pas recopier une image bizarre et copier/coller ne marche pas), je te l'envoie en pièce jointe.
Amitiés.
Opposer musique et paroles à propos de La Marseillaise est une vieille lune qui ne va pas sans ignorance (Il conviendrait de demander aux censeurs s’ils savent ce que signifie « l’étendard sanglant de la tyrannie levé contre nous ».
Certes, La Marseillaise est un chant guerrier et patriotique. On comprend qu’il puisse donner lieu à des utilisations contestables (militarisme – nationalisme chauvin) qui méritent d’être dénoncées, ce qui a été fait, avec talent et efficacité, par Léo Ferré, par exemple dans « sa » Marseillaise. Mais c’est avant tout parce que, TELLE QU’ELLE EST, La Marseillaise apparaît comme l’affirmation de la FRATERNITÉ des citoyens (« Enfants de la patrie ») et l’exaltation de la LIBERTÉ (« Liberté, liberté chérie ») qu’elle est devenue, en France et dans le MONDE, le chant de référence de tous ceux qui résistent à l’oppression ou qui se révoltent contre l’injustice. Prétendre en modifier les paroles ou les changer parce qu’elles ne correspondraient plus à notre sensibilité actuelle serait aussi INSENSÉ que de vouloir raser les cathédrales sous prétexte qu’on peut y voir le symbole de l’intolérance et d’un obscurantisme dépassé.
je reconnais que le petit rituel anti-spam automatique est assez délicat, et que je suis parfis surpris, sur les blogues des autres, de ses réactions chatouilleuses.
Je vais donc insérer "à la main" ton commentaire.
Mes observations étaient de deux sortes.
Les unes sur la valeur des paroles : phraséologie belliqueuse de la fraternité d'armes, allusions difficiles à comprendre et surtout jamais expliquées en éducation civique parsemant un texte qui date de plus de deux siècles ; nous ne voyons pas tous deux les mêmes aspects de ce texte, qui n'a certes pas que des points faibles mais qui en a tout de même d'assez notables.
Il n'est pas de la même catégorie que le poème de Schiller qui a été choisi comme hymne européen, et curieusement date sensiblement de la même époque. Le fait que d'autres l'aient dit avant moi et que cela soit assez régulièrement l'objet de discussions n'y change rien.
Au fait, quelle est l'origine de l'expression "vielle lune" ? Je n'en ai aucune idée, et ne vois pas le lien avec la période décroissante du cycle des lunaisons...
Les autres sur l'incongruité qu'il y a à la jouer dans les stades dans des circonstances où les aspects nobles de l notion de nation ne sont guère évocables, ou invocables, et le bon sens qu'il y aurait à la réserver aux circonstances où elle se doit d'apporter sa "note" symbolique.
Que penses-tu à ce sujet ?
De même qu'il est interdit d'utiliser les couleurs du drapeau pour orner des textes non officiels, pourquoi ne pas interdire de dévoyer l'hymne national dans des
rassemblements douteux ? Il faut avoir vu le quartier du Parc des Princes un soir de grande castagne pour réaliser que ce n'est ni une fête ni du sport...
Merci de ton intérêt pour mes modestes papiers.
Bien amicalement.
JPD
Très cher Jean Pierre
Le deuxième sujet à donc voir notre cri de guerre. C’est curieux, mais lorsque j’ai transpose la situation a celle de la Californie, je me suis rendu compte que l’hymne national est joué et chanté pour l’unité, pour rassemblement, pour réaffirment que nous sommes tous dans le même camp et que nous serons fairplay. Ceci est bien sur du au fait que nos jeux sont contre d’autres villes, états ou régions mais certainement sous le même drapeau. Pour vraiment ressentir ce que tu dis, il me fallu imaginer les hymnes nationaux joués aux jeux olympiques : joués, pas chantés, donc expression d’une nationalité, pas de cri de guerre.