Dimanche 21 mai 2006
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19:18
Il était une fois une femme, et elle aimait les mots.
Trahie par certains de ses proches, qui avaient abusé de sa confiance intime, elle avait souffert dans sa chair secrète, dans son âme émue, dans ses esprits bouleversés .
Elle avait été battue par les vents de la mer, les ressacs incestueux des tempêtes, roulée sur les rivages douloureux de l'enfance au point de s'incarner dans un galet lisse comme une caresse tranchante, poli autant qu'albâtre peut l'être , clos comme un oeuf hermétique issu de l'athanor foudroyant d'une tempête exaspérée.
Comme elle aimait les mots, elle eût pitié.
Elle les laissa couver ce galet.
Ils le réchauffèrent de leur patience, s'insinuèrent par les pores de la coquille armure pour en féconder les humeurs, en vivifier les esprits en léthargie. Et les mots rendirent le galet apte à engendrer la parole ; et la pierre opaque et dense, telle une reine prolifique et sereine, enfanta poème sur poème, chant sur chant, cri sur cri.
Un jour, un soir venu, alors que le soleil avait été plus chaud ou la pluie plus pénétrante, ou les grillons plus stridents qu'à l'accoutumée, elle décida qu'elle avait désormais assez dit, assez inventé, assez prononcé ces assemblages étranges que certains humains nomment discours, les chats initiés énigme verticale des yeux, et les étoiles matures musiques balbutiantes des planètes.
Mais, habitués à l'entendre vaticiner dans le respect rythmé des règles rhétoriques, se déclarant irremplaçablement séduits par la musique mentale et charnelle de ses mélopées, les spectateurs, du haut des gradins, les pieds dans la poussière de poème et la tête dans l'odeur capiteuse des aveux, réclamèrent dans un tumultueux charivari la suite de la tragédie.
Telle la sangsue humide et froide glissant sur le ventre de la femme, s'insinuant entre ses seins en chuchotant encore, encore.
Elle ne voulait point reprendre ce travail qui, d'aiguilles traversantes aux chas d'acier moiré en coutures sanglantes nouéees de surjets méticuleux, la meutrissait sans parvenir à la vêtir du manteau de la paix, l'exsanguait, la vidait de sa substance essentielle.
Lassée des clameurs de la foule, du vacarme des voyeurs, des baisers goulus des vampires, elle qui avait répandu avec patience les semences nées du galet dans tant de champs de mots, où de rapaces faucheurs entrés par effraction avaient confisqué les moissons, détourné les gerbes et même subtilisé les chaumes, elle imagina un subterfuge.
Elle dit :
J'ai entendu votre demande.
Vous ne pouvez savoir à quel point elle m'est à la fois délicieuse et insoutenable. C'est ma douleur, ma blessure ancienne, ma cicatrice intérieure que vous voulez que je rouvre pour satisfaire vos clameurs avides. Lasse de me reconstruire inutilement dans ce travail qui me déchire, j'accepte d'être la victime complice de ce sacrifice.
Je n'y mets qu'une condition.
Si un seul d'entre vous, peu importe qui, vient ici devant moi prononcer sans erreur, sans souffle décalé, sans hésitation d'accent, et dans l'ordre qui lui plaira tous les textes dont je vous ai fait don, ou plutôt que je vous ai laissé m'arracher de la tête et du coeur, alors je m'engage à continuer de vous offrir sans m'en plaindre la chair de ma chair, l'âme de mon âme, l'esprit de mon esprit, le poème vivant qui me tue et vous fait survivre, jusqu'à ce que de mon être dépecé, décharné, désassemblé ne subsistent rien qu'une tache sur le papier du grand livre universel et une ombre dans la lueur des chandelles éternelles.
Depuis...
Depuis, elle siège, impassible, sur le trône silencieux de l'Impératrice. Nul n'a réussi l'épreuve. Et dans le secret de son coeur, cette fois, elle a pu renouer sa silencieuse idylle avec les mots, les merveilleux mots à la fois rétifs à ses ardeurs et soumis à sa passion. Les mots de son désir.
Crédits : merci à la mer, qui forme les galets sans compter...et aux minéraux, granits, silex ou basaltes, qui se laissent former sans trop gémir.
Mes phrases endiablées, enveloppées de flammes,
Exaltent la fureur de mes papillons noirs,
Afin que, ballottée sur le fil du rasoir,
Je compose des vers pétris de mélodrames.
Dans la nuit barbelée où les ténèbres trament
Un piège silencieux pour noyer mon espoir
Dans un bourbeux marais au parfum d’encensoir,
J’écris des mots brûlants qui calcinent mon âme.
Mes poèmes sanglants ravagent mon esprit,
Si bien que ma mémoire éclate en vains débris
De solitude armée, qui maculent ma page.
Le faisceau cristallin de mes cinglants quatrains
Creuse un gouffre d’effroi dans l’obscur marécage
De mon cœur envahi d’un insidieux chagrin.
je trouve L'impératrice des mots vraiment révélatrice, et me ressemble un peu même si chaque histoire est différente, les trahisons telles que l'on les ressents et telles qu'on les interprétent... j'ai été dans la même situation.
je suis juste dans le commencement car le temps me manque
peux tu me donnais quelques commentaires et conseils pou embelir mon blog
http://djose62.over-blog.net/
merci d'avance...
je ne peux te faire parvenir mes récit de vie por l'instant,
mais j'aurais bession de conseils et d'aide pour mon blog
mais c'est promi je le ferais
merci d'avance
djose62.
Les êtres naissent et meurent. Ils sont comme les syllabes d’un mot et les mots d’une phrase dans ce contexte des siècles : leur durée, ou longue ou brève, forme le merveilleux cantique de ce monde qui s’écoule continuellement et sans intervalles. Dieu prévoit et détermine par sa volonté le temps où on les voit et les entend, et nul ne prolonge son existence au-delà du terme qu’il a fixé. Il est le maître de notre arrivée et de notre disparition, comme il l’est de la naissance et de la chute des feuilles.
Extrait du livre : Saint Augustin, Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse...
Leus écrits ont pourtant eu pour résultat, sinon pour perspective, de prolonger leur existence au delà du terme (qu'Il ) a fixé. A moins que la trace écrite ne soit aussi manifestation d'existence. Est-ce pour cela que l'archange Djibril a dicté le Coran au prophète illettré ?