Dimanche 7 janvier 2007
7
07
/01
/Jan
/2007
18:22
Fortitude est un mot rare, mais chargé d'histoire. Attesté au XIVe siècle, et dérivé du latin fortitudo, « courage », lui même engendré par suffixation de fortis, « courageux ». La fortitude est la force morale. Le mot a été conservé vivant en anglais, et a désigné une des opérations de désinformation montées pour faciliter le débarquement de juin 1944 ; un livre et un film l'ont remis en vogue...
L'
arcane XI porte aussi parfois ce nom dans le Tarot anglais.
Fortitude est le nom de l'attitude des forts. Bravitude est celui de l'attitude des braves...
Manque socialitude, mais peut-être un jour...
D'altitude à vicissitude, environ 38 substantifs français actuels partagent la rime en
tude, et 29 celle, plus riche encore, en
itude.
Raphaël Confiant inventa la
crassitude. La frontière entre néologisme, dérivation créative et revigoration de mots désuets est translucide et poreuse.
Que reprocher à bravitude, sinon d'être à la fois facile à comprendre et tout à fait conforme à ce que les linguistes osent encore parfois nommer le génie (au sens génie grammatical, art de construire la parole) de la langue française ?
Parler de bravoure eut-il été une bravade ? Si quelqu'un a une idée...
Par Adamantane
-
Publié dans : Recherche
9
Et Ségolène Royal, formée pour être une préparatrice de discours, conseillère d'un Président, ministre de la république, n'est-elle pas capable soit de parler sans notes, soit de rédiger elle-même ses anti-sèche ?
Je pressens, dans ce commentaire, une début de commencement de désapprobation des faits et gestes de la candidate officielle du PS.
L'eût-elle prononcé dans le décours d'un discours de tribune ?
Le propre d'une intervention orale pertinente, dans des circonstances non pas éternelles, ni du fond d'un naufrage (merci, Stéphane Mallarmé) , n'est-il pas d'éviter les risques d'incompréhension, tout autant que ceux qu'engendre un doute, même infondé, sur les aptitudes locutoires du tribun ?
D'une part il est possible de donner un nouveau sens à un mot connu, mais c'est un phénomène de groupe puisqu'il faut attendre que le nouvel usage se soit propagé ; à noter que les bourbakiens n'ont pas hésité, pour axiomatiser la mathématique, a user de mots très triviaux (la boule, le disque, l'idéal, l'anneau, le corps,...) pour nommer des êtres arithmétiques, algébriques ou géométriques.
D'autre part, il existe un gisement de mots anciens ou locaux qu'il est licite d'exploiter, en les remettant à nager dans les eaux de la langue. Certains poètes usent de cette richesse, tel Michel Martin de Villememer.
Cependant, si le jeu du néologisme est un jeu gagnant, soit qu'il s'agisse d'enrichir le vocabulaire (qu'est-ce qu'un blog, ou blogue ?), soit même d'user du droit de création, ce que font les inventeurs pour nommer leur innovation et les publicistes pour singulariser une marque, pourquoi ne pas s'y adonner ?
La communication est codée, certes, mais nous nous sommes aussi dotés d'un métacode qui facilite la conception, l'explication, la difffusion des vocables. Les vocables natescents ne sont pas condamnés à mourir d'inanition langagière : nous avons les moyens d'en nourrir l'emploi en les décodant. Le corpus des racines, les règles de préfixation et de suffixation, nous proposent une méthodologie de construction de mots qui rend possible leur interprétation même en l'absence de définition formelle associée.
Je suis bien d'accord sur les limites potentielles de ce constructivisme : le texte écrit s'accomode bien mieux que l'oral de ces engendrements. Au détour d'un discours, une réplique lestée de néologismes prend celui qui écoute un peu au dépourvu et le laisse insatisfait d'avoir compris qu'il n'avait pas compris ; il peut se demander s'il est mystifié, ou même méprisé par un lettré autiste.
Dans un papier qu'il est loisible de relire, la présence de mots rares ou insolites, si elle est justifiée par la nuance de pensée à communiquer et faire comprendre ne présente pas les mêmes inconvénients. Sous condition de demeurer exceptionnelle.
Encore que, par exemple, la traduction que Pierre-Emmanuel Dauzat à commis de l'ouvrage Lessons of the Masters, de Georges Steiner, sous le titre Maîtres et Disciples, soit un bon spécimen de ces proses qui allient des choix de mots déroutants et une bonne intelligibilité.
Amicalitudement,
DarkSquall
la finale itude va plutôt vers le bas
alors j'élude ... (sourire)²