Jeudi 1 mars 2007
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Dans la série
Le siècle des chimères, le Livre de Poche publie, sous le numéro 37 176,
Les ogres du Gange, de
Philippe Cavalier.
L'épigraphe est un extrait du
Mahâbhârata,
le livre rédigé par
Ganesh sous la dictée du sage
Vyâsa, tout comme
Mahomet aurait recueilli dans
Le Coran la parole de l'ange
Djibril... .
Voilà un
opus qui trace une image de l'Inde, réceptacle principal du récit, assez décalée par rapport à celle que nous en a donné
Joseph Rudyard Kipling –encore qu'en lisant "entre les lignes", il est possible que son amitié avec
Henry Rider Haggard s'explique en partie par le partage du goût des mystères ...–, et les traces partielles et simplificatrices que la non-violence de
Ghandi a laissé dans nos mémoires occidentales.
A partir de faits réels, comme l'existence de géostratégies divergentes au sein du gouvernement anglais avant Munich (et même après...), et aussi dans les milieux des élites révolutionnaires indiennes sur
la voie de l'indépendance, comme en témoignent
les tentatives de
Subhas Chandra Bose ( présentées sur Arte par
Sacha Mirzoeff le 7 février...), et en liant le tout par une interprétation très personnelle mais défendable des mythes et pratiques magiques des sectateurs de Shiva, mêlée à des emprunts judicieux à la sorcellerie chamanique thibétaine, l'auteur nous propose un récit qui a du souffle, de l'humour, relève du réalisme fantastique – même l'irruption d'
Édouard VIII "a l'air vraie" – et porte l'attrait mystérieux d'un space- opera terrien.
Bien que l'enchevêtrement complexe des fils narratifs demande au lecteur une attention vigilante et une mémoire attentive, le jeu des rebondissements et les ressorts déclenchés par les énigmes à résoudre – et, subtilement, jamais entièrement résolues...– maintiennent avec efficacité son attention, l'empêchant de sauter le moindre paragraphe.
En valorisant ainsi de manière attractive et vivante ses connaissances en matière de religions orientales,
Philippe Cavalier peut donner envie d'aller au delà, et de s'intéresser aux textes fondateurs de ces cultures encore mal connues du
grand public cultivé.
Ce livre figure à juste titre – si j'ose écrire, à propos de livre... – dans la
sélection de février du Prix des Lecteurs du Livre de poche.
Je n'aime pas bien le substantif
thriller utilisé pour repérer l'ouvrage, mot qui figure en bonne place sur la I° de couverture.
Si quelqu'un a une idée pour nommer ces récits de fiction qui associent faits historiques, hypothèses socio-religieuses, cultes réels et rumeurs mythiques au sein d'un scénario qui crève le plafond des réalités pour conduire à l'étage des univers possibles, je suis tout à l'écoute.
Pour une autre lecture de cet ouvrage, voir par exemple
la contribution de
Pierre Bachy sur le forum de Lire.
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