Adamantablogue


Fortitude est un mot rare, mais chargé d'histoire.  Attesté au  XIVe siècle, et dérivé du latin fortitudo, « courage », lui même engendré par suffixation  de fortis, « courageux ». La fortitude est la force morale. Le mot a été conservé vivant en anglais, et a désigné une des opérations de désinformation montées pour faciliter le débarquement de juin 1944 ; un livre et un film l'ont remis en vogue...
L'arcane XI porte aussi parfois ce nom dans le Tarot  anglais.

Fortitude est le nom de l'attitude des forts. Bravitude est celui de l'attitude des braves...
Manque socialitude, mais peut-être un jour...

D'altitude à vicissitude, environ 38 substantifs français actuels partagent la rime en tude, et 29 celle, plus riche encore, en itude.

Raphaël Confiant inventa la crassitude. La frontière entre néologisme, dérivation créative et revigoration de mots désuets est translucide et poreuse.
Que reprocher à bravitude, sinon d'être à la fois facile à comprendre et tout à fait  conforme à ce que les linguistes osent encore parfois nommer le génie (au sens génie grammatical, art de construire la parole) de la langue française ?

Parler de bravoure  eut-il été une bravade ? Si quelqu'un a une idée...

 
Dim 7 jan 2007 9 commentaires
Il est fort probable que dans notre fort intérieur nous ayons en formation une fortitude...
Artno - le 09/01/2007 à 22h10
Ne confondons pas inspiration géniale initiant un néologisme et un bredouillement d'une politique ayant du mal à se souvenir des notes de son chargé de communication, la poussant à un barbarisme qui aurait conduit ma fille à prendre un zro en rédaction dans le même cas de figure
heliance24 - le 10/01/2007 à 14h04
Pourquoi le recours à un mot insolite mais logiquement construit, et de plus compréhensible, pourrait valoir une mauvaise note à l'école ? A moins que l'enseignant bien sûr appartiennent à cette variété, dont on dit qu'elle n'existe plus, qui évalue le travail de l'élève en fonction du conformisme aux modèles plus que de l'aptitude à résoudre un problème...
Et Ségolène Royal, formée pour être une préparatrice de discours, conseillère d'un Président, ministre de la république, n'est-elle pas capable soit de parler sans notes, soit de rédiger elle-même ses anti-sèche ?
Je pressens, dans ce commentaire, une début de commencement de désapprobation des faits et gestes de la candidate officielle du PS.
Lemniscate - le 10/01/2007 à 15h55
Certains témoins des circonstances de cette déclaration se sont demandé si l'oratrice avait eu un écart de langage ou voulu dire quelque chose de particulier.
L'eût-elle prononcé dans le décours d'un discours de tribune ?
Le propre d'une intervention orale pertinente, dans des circonstances non pas éternelles, ni du fond d'un naufrage (merci, Stéphane Mallarmé) , n'est-il pas d'éviter les risques d'incompréhension, tout  autant que ceux qu'engendre un doute, même infondé, sur les aptitudes locutoires du tribun ?
Adamantane
Que l'on invente un mot s'il n'existe déjà un terme adéquat, quoi de plus naturel? Il a bien fallu un jour un "avion", un "aviateur", etc. pour coller à l'évolution technologique du monde. Par contre, en voulant défendre "une" politique chère à son coeur, il faut penser que l'on peut ouvrir la porte à n'importe quoi demain. Le langage, écrit ou parlé, est un "code" qui a ses règles et sert à se faire comprendre dans une communauté. Et que en se voulant "non-conformiste" on ne défend pas le français, notre patrimoine, déjà bien mis à mal aujourd'hui. Le "soixant-huitard" attardé n'a toujours pas compris à quoi cela mène de clamer "il est interdit d'interdire". Comment faire comprendre demain aux jeunes enfants à l'école qu'ils doivent faire des efforts pour écrire correctement leur langue? Un(e) Président(e) n'est-il pas là pour défendre la langue de son pays qu'il prétend représenter et faire grandir? A moins de ne tendre que vers une seule chose : le pouvoir, cette éphémère sensation de puissance qui a déjà fait tant de mal dans le monde.
Francis - le 10/01/2007 à 19h13
Le néologisme n'st en effet pas une nécessité incontournable.
D'une part il est possible de donner un nouveau sens à un mot connu, mais c'est un phénomène de groupe puisqu'il faut attendre que le nouvel usage se soit propagé ; à noter que les bourbakiens n'ont pas hésité, pour axiomatiser la mathématique, a user de mots très triviaux (la boule, le disque, l'idéal, l'anneau, le corps,...) pour  nommer des êtres arithmétiques, algébriques ou géométriques.
D'autre part, il existe un gisement de mots anciens ou locaux qu'il est licite d'exploiter, en les remettant à nager dans les eaux de la langue. Certains poètes usent de cette richesse, tel Michel Martin de Villememer.
Cependant, si le jeu du néologisme est un jeu gagnant, soit qu'il s'agisse d'enrichir le vocabulaire (qu'est-ce qu'un blog, ou blogue ?), soit même d'user du droit de création, ce que font les inventeurs pour nommer leur innovation et les publicistes pour singulariser une marque, pourquoi ne pas s'y adonner ?
La communication est codée, certes, mais nous nous sommes aussi dotés d'un métacode qui facilite  la  conception, l'explication, la difffusion des vocables. Les vocables natescents ne sont pas condamnés à mourir d'inanition langagière : nous avons les moyens d'en nourrir l'emploi en les décodant. Le corpus des racines, les règles de préfixation et de suffixation, nous proposent une méthodologie de construction de mots qui rend possible leur interprétation même en l'absence de définition formelle associée.
Je suis bien d'accord sur les limites potentielles de ce constructivisme : le texte écrit s'accomode bien mieux que l'oral de ces engendrements.  Au détour d'un discours, une réplique lestée de néologismes prend celui qui écoute un peu au dépourvu et le laisse insatisfait d'avoir compris qu'il n'avait pas compris ; il peut se demander s'il est mystifié, ou même méprisé par un lettré autiste.
Dans un papier qu'il est loisible de relire, la présence de mots rares ou insolites, si elle est justifiée par la nuance de pensée à communiquer et faire comprendre ne présente pas les mêmes inconvénients. Sous condition de demeurer exceptionnelle.
Encore que, par exemple, la traduction que Pierre-Emmanuel Dauzat à commis de l'ouvrage Lessons of the Masters, de Georges Steiner, sous le titre Maîtres et Disciples, soit un bon spécimen de ces proses qui allient des choix de mots déroutants et une bonne intelligibilité.
Adamantane
pas trouvé d'autre solution pour te le dire mais j'ai répondu à ton commentaire que tu as laissé chez moi... on en reparle ?
Artno - le 11/01/2007 à 22h57
J'utilise souvent des néologismes dans mes rédactions, en les mettant entre guillemets bien sûr, je trouve que c'est un excellent moyen de faire comprendre ce qu'on veut dire, parfois ça coule de source.

Amicalitudement,
DarkSquall
DarkSquall - le 12/01/2007 à 07h46
Bravo Ségo ! Tes commentages sont d'une grandiosité et d'une perspication telles qu'ils donnent à notre linguisterie un nouveau dimensionnement que n'ont pas les autres candidateurs à l'élision présidentale. Ton vocabulage traductionne ton érudiment, ton instruitage et ta culturation. Pour moi, tu as la capaciture de représentiver notre peuplage, de résolver les problémeuses déficiations de notre administrature et d'humanir la politication. Ségo, compte sur mon participage lors du votement. Ségo, tu es fantasmaglorificatoire !
Banzaï - le 12/01/2007 à 17h26
Oui
la finale itude va plutôt vers le bas

alors j'élude ... (sourire)²
le bateleur - le 14/01/2007 à 21h55
Bravitude... En voilà un mot qu’il est abracadabrantesque. Les puristes se tâtent mais la bonne gouvernance se gausse des adaptations oratoires de Madame Royal. Aurait-on perdu sa positive attitude à l'UMP ou s’agit-il d’une autre karcherisation ?... A moins qu’elle ne subsistasse la droite la plus bête du Monde ?
@irel - le 15/01/2007 à 23h44